|

Il était une fois... le western européen
Jean-François Giré,
Franco Néro (préface),
Bazaar & C°, Coll. Ciné movie, 586 p., 2008, 75 €
Ce livre est une agréable surprise qui réussit le tour
de force d'être à la fois captivant et novateur sur un sujet que l'on
pouvait croire a priori épuisé. Il est aussi, avec plus de 2 kilos et
son grand format, un ouvrage de poids et de taille - au sens propre et
figuré – présenté par les Éd. Bazaar & C°.
|
 |
Le
contenu est dru, la police petite, les notes nombreuses, le texte
surabondamment illustré : plus de 1.000 photos Couleur et N
& B, le tout, qui plus est, sur papier glacé, avec reliure
brochée sous jaquette. Du grand luxe donc, alliant moult texte
et iconographie. On hésite sur la catégorie à
laquelle appartient ce livre. Beau livre ? Dictionnaire ? Catalogue
d'affiches (de western) ? En fait les trois ! Mais cet ouvrage n'a
été écrit que par une seule personne,
Jean-François Giré, fan du genre.
Les centaines d'affiches reproduites ne sont qu'un des nombreux plus
qui renforcent le plaisir visuel, à chaque page, des superbes
photographies et dessins. Cet ouvrage est la réédition,
actualisée et augmentée de plus de 128 pages, de la
première version parue chez Dreamland Ed. en 2002. Il s'adresse
aux amateurs du western, genre étatsunien ressassé, ici
essentiellement européen (nonobstant le western hollywoodien
n'est pas oublié et a les honneurs d'un chapitre). Sujet
novateur donc, même si la part belle est donnée au
cinéma italien qui a donné lieu, lui, à de
nombreux ouvrages. En effet, qui dit western européen fait
immédiatement penser au cinéma italien, notamment au
Maître, Sergio Leone, comme le corrobore la couverture
référant à Il était une fois dans l'Ouest,
film ayant inspiré le titre de l'ouvrage. Le western a longtemps
et unanimement été mésestimé par la
critique et boudé par les cinéphiles, jusqu'à la
révolution de Sergio Leone qui n'a certes pas inventé le
western européen mais qui a mis le feu aux poudres avec Pour une
poignée de dollars qui a ressuscité le genre
étatsusien mourant. Fini le sur-westen intellectuel, vive le
western dynamite !
Finies les folles cavalcades de cow-boys toujours impeccablement
coiffés, vivent les gouttes de sueur et les visages sales et non
rasés! Comme on l'oublie un peu trop souvent, le mot
spaghetti-western est non seulement une injure - le sang versé
devient tomate - mais aussi du racisme envers les Italiens juste bons
à faire des pâtes et des pizzas. Partant des reproches les
plus récurrents adressés contre le western, l'auteur a
ouvert un éventail des thématiques essentielles du genre
: le déracinement (les westerns politiques et
révolutionnaires ou Westerns Zapatta qui dépaysent : O
Canceiro), le héros cynique (et anti-héros : Clint
Eastwood dans Et pour quelques dollars de plus), le violent et sadique
(Le Bon, la brute, le truand...), l'humour latin (Sabata), la
démesure (Django), le choc visuel ou sonore (Il était une
fois dans l'Ouest), l'esprit BD (Lee Van Cleef a inspiré
Chasseur de primes de Morris/Goscinny), l'argent, les armes, le
bestiaire, le cimetière, le désert, le duel, la famille,
la femme, le père, la révolution, le shérif, le
Sud, la ville... Tous ces mots inspirent, dans la mémoire du
spectateur, des noms de films et d'acteurs... Mais l'auteur va plus
loin encore, il présente des westerns méconnus : les faux
westerns, les westerns-curiosités (qui valent réellement
le détour), les westerns parodiques... Il se penche aussi sur
les westerns érotiques et pornographiques (!!!), les dessins
animés, les courts métrages, les westerns turcs, les
téléfilms et séries... Ne sont pas oubliés
les réalisateurs, les acteurs, les compositeurs de musique
westernienne (avec discographie). Deux conséquents index des
pseudos et des personnalités inattendues en raviront et
instruiront plus d'un! Enfin, un index des titres clôt
classiquement le tout. Pour conclure, un ouvrage à recommander
tant pour son texte que pour son iconographie incroyablement riche et
variée qui justifient le prix.
Albert Montagne
|
|