La ville moderne est fille de la Révolution industrielle. Certes des
villes et même des métropoles, que l’on pense à l’Alexandrie ou à la
Rome antique, ont existé avant son déclenchement mais les villes
demeuraient alors l’anomalie monstrueuse d’une réalité essentiellement
rurale, où le village était la seule norme d’habitat de l’immense
majorité des humains peuplant la terre. Au début du 20e siècle, les
paysans sont devenus minoritaires dans la société française mais il
faut attendre 1931 pour que les urbains soient plus nombreux que les
ruraux. Ce phénomène que l’on connaît sous le nom d’exode rural s’est
étendu aujourd’hui à la terre entière qui compte 3 milliards 300
millions d‘urbains, sur tous les continents, dont 500 millions vivent
dans des mégapoles. Fils lui aussi de la Révolution industrielle, le
cinéma a été le témoin de ce bouleversement majeur et l’a accompagné,
en en révélant les aspects les plus divers, tant positifs que négatifs.
Innombrables sont les films qui contiennent dans leur titre le terme
ville ou le nom d’une des cités qui, selon la croyance, éclairent notre
siècle : des Lumières de la ville à La Ville est tranquille, de Gangs
of New York à Fellini Roma en passant par Manhattan ou Téhéran. Le
choix fut difficile, comment évoquer en une cinquantaine de films le
choix plus global fait par le cinéma de d’abord porter la ville à
l’écran. Si tout fait sens, rien ne fait sens. Nous avons décidé de
privilégier des œuvres qui ont marqué le cinéma : Métropolis, Les
Lumières de la ville, Main basse sur la ville, des films récents
s’attachant à suivre l’expansion urbaine qui continue: Police Tactical
Unit, L’Immeuble Yacoubian, Of time and the City, passés un peu
inaperçus en France faute d’une bonne distribution, d’ouvrir le
festival plus que d’habitude aux films d’animation qui rêvent la ville
de demain : Tokyo Godfathers ou Metropolis (de Rintaro), de donner la
parole aux documentaries : En construción, Futures Market, I wish I
knew, histoires de Shanghai, enfin de faire confiance aux institutions
partenaires avec quatre cartes blanches, aux Archives françaises du
film, à la Cinémathèque de Toulouse, au Centre Pompidou, au Forum des
images. Construction en étoile, ou en pieuvre si le côté poétique
choque, ce Confrontation sera extrêmement ludique, on pourra y naviguer
au gré de ses choix tout en gardant le cap de la ville. Deux tables
rondes, une conférence et une rencontre permettront d’éviter la
navigation à vue d’autant que l’ensemble du festival s’appuie sur une
collaboration constante avec l’Atelier d’Urbanisme de Perpignan.
Un festival un peu différent, plus en lien avec le contexte sociétal
sans oublier l’histoire du long 20e siècle et du début du 21e, plus
divers dans ses choix, plus ouvert sur l’extérieur et surtout
attaché à perpétuer la pluralité des approches de notre monde qu’offre
le cinéma, art un et multiple.
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Né à la fin du XIXe siècle, le cinéma a grandi avec un temps de
décalage sur le développement des villes occidentales et ensuite
l’urbanisation généralisée du monde. De son origine urbaine, rien de
surprenant à ce que de nombreux films aient la ville comme sujet, comme
personnage ou comme décor. Nul étonnement à ce que le cinéma traite le
cadre urbain (voire donne le jour à des genres particuliers : cinéma
noir, cinéma policier, film de gangsters…). L’intérêt du 48e
Confrontation “La ville au cinéma” sera de mettre en valeur
comment de nombreux films parlent de la ville, par excellence un des
principaux espaces cinématographiques : le cinéma rend-il compte des
enjeux d’influences symboliques ou réels que recouvre le cadre
urbain ? C’est le lieu où se concentrent tous les enjeux et les
pouvoirs : politiques, économiques, financiers, sociaux, mais aussi
idéologiques et culturels. Il s’agit donc de la transformation
des espaces et des hommes. Comment le cinéma représente-t-il ces
modifications par l’urbanisation grandissante : l’habitat sans doute,
le zonage en quartiers caractérisés, les moyens de transports et de
distribution, les lieux de travail, de rencontre et de distraction
certainement. C’est sans doute plus facile que de montrer les
modifications sociales, le phénomène d’attirance/répulsion de
l’individu pour la (grande) ville. Même si chacun a son propre
imaginaire, on sent bien que le propos de la cinématographie choisie
sera nécessairement réducteur et subjectif, c’est pourquoi nous avons
retenu quelques thèmes comme éléments de lecture et de compréhension
des enjeux.
Une
soixantaine de films permettra d’esquisser la réflexion autour du
sujet, de la période du muet jusqu’à des productions actuelles.
L’origine géographique des réalisateurs tentera d’esquisser un panorama
continental le plus complet possible. Les œuvres seront en grande
majorité des longs-métrages de fiction même s’il y aura des
documentaires, par exemple Brasilia, contradictions d’une ville
nouvelle de Joaquim Pedro de Andrade, Oscar Niemeyer, un architecte
engagé dans le siècle de Marc-Henri Wajnberg ou Amsterdam global
village de Johan van der Keuken. Les cartes blanches offertes à des
institutions amies (Cinémathèque de Toulouse, Archives françaises du
film, Forum des Images, Centre Pompidou) offriront un spectacle rare de
courts-métrages consacrés au thème. Enfin n’oublions pas un genre
particulier, le cinéma d’animation qui sera également présent.
Quels sont les thèmes retenus ?
• Les mégalopoles.
Souvent représentées, aboutissement inévitable du développement
économique et social, centres de pouvoirs tentaculaires et noyaux des
flux, il ne faudrait pas oublier la trame plus ou moins serrée des
villes moyennes ou plus petites.
• Urbaniser.
De quoi s’agit-il ? Est-ce simplement aménager un site en vue de
développer ou de créer une agglomération urbaine ou dans l’action
d’urbaniser ne faut-il pas s’intéresser à son résultat sur les espaces,
les flux, les individus…. C’est parler de centre et périphéries, de
quartiers, banlieues, ville horizontale / ville verticale etc.
• Les Hommes dans la ville.
Pour les habitants quelles réalités ? Il s’agit d’habiter, de
travailler, de se déplacer, de se distraire et si possible
d’éviter les tensions.
• La ville imaginaire.
Quelle ville idéale, imaginaire, prévue ou simplement rêvée dans
l’imagination de créateurs visionnaires, architectes, urbanistes,
politiques, ou poètes ? Ce sera la ville lumière, ville de pouvoir, de
plaisir et de culture. Cela peut être la ville futuriste, la ville
fantastique, l’éventail n’est pas clos.
Le festival ne manquera pas de confronter différentes approches et représentations avec nos différents invités.
Bonne découverte et bon Festival
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